« 27 janvier 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 101-102], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10629, page consultée le 27 janvier 2026.
Jersey, 27 janvier 1853, jeudi après-midi, 1 h.
Est-ce que cette journée sera aussi vide de bonheur pour moi que celle d’hier, mon
cher petit homme ? Je me le demande avec anxiété tout en en prévoyanta la triste réponse. Tu as tant de
choses à faire qu’il est bien impossible que tu aies le temps d’être à moi. Je ne
le
sais que trop, mon pauvre adoré, mais je m’y habitue difficilement. Ce n’est pas une
raison pour t’en faire une scie1 et je me hâte de parler d’autre
chose...
Hum ! Hum ! Hum ! Il fait aujourd’hui un fameux temps de demoiselle :
ni soleil et ni vent, comme dit Saint Augustin. Est-ce que vous pourrez faire du
daguerréotypeb ? Ceci est une
manière adroite mais stupide de revenir à mon mouton et savoir quand vous viendrez
me
voir. Tenez, décidément, j’aime mieux être tout franchement embêtante et ne pas
démarrer de mon idée fixe de : quand te verrai-je ?
Maintenant, dans l’intervalle de ces quatre mots, mettez autant de lieux communs que
vous voudrez, amoncelez-y toutes les jerseries les plus saugrenues, creusez-y des
abîmes d’ineptie, faites monter par-dessus des océans de pataquès, vous ne changerez
rien à la question que je vous fais depuis vingt ans et que je continuerai, JE
L’ESPÈRE, pendant toute l’éternité QUAND TE VERRAI-JE ??????????c
Juliette.
1 Scie : air qu’on rabâche.
a « emprévoyant ».
b « guerrotyque ».
c Les points d’interrogation sont répétés jusqu’à la fin de la lettre.
« 27 janvier 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 103-104], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10629, page consultée le 27 janvier 2026.
Jersey, 27 janvier 1853, jeudi après-midi, 1 h. ½
Autre guitarea, voici le soleil ! Oh ! Comme il vient à point pour varier ma rédaction. Sans lui, j’aurais été forcée de m’en tenir à ma première appréciation barométrique, c’eût été humiliant. Maintenant je peux aller de l’avant, voilà le soleil !!!! Hélas ! Je viens d’avoir une diversion moins agréable dans ma maison. Une nouvelle trépignée entre mes propriétaires mâle et femelleb. Comme le pauvre petit jetait des cris d’angoisse et de terreur dans l’escalier, je suis allée à lui pour le calmer et le consoler, ce pauvre petit diable, mais le père entendant ces cris redoubler est venu le prendre dans mes bras très rapidement, ce qui ne m’a pas empêchée d’entrevoir que son nez était en lambeaux. Déjà Suzanne s’était aperçuec ce matin que la femme avait l’œil poché. Tout cela a pour résultat de me faire désirer d’arriver le plus tôt possible à la fin de mon bail1. Non pas que je croie que la jerserie me quittera au seuil de ma nouvelle maison, mais j’espère qu’ellesd changeront d’aspect et puis, comme c’est dans un cabaret, j’ai l’espoir au lieu d’une soûlarde d’en voir plusieurs à la fois. Considération qui n’est pas sans quelque poids dans ma préférence et qui redouble mon impatience de changer ma soûlarde borgne contre des ivrognes aveugles. La chose en vaut la peine en effet. Je suis sûre que vous êtes de mon avis. Vous en seriez bien plus encore si vous veniez tout de suite.
Juliette
1 Juliette a décidé de quitter Nelson Hall, logement qu’elle occupe depuis le 12 août 1852, du fait de l’alcoolisme chronique et du caractère violent des propriétaires. Le 7 février 1853 elle s’installe « encore au premier étage, au-dessus d’une auberge, le Green Pigeon, appartenant à un certain Richard Landhatherland qu’elle appellera Inn Richland. », Gérard Pouchain, Robert Sabourin, Juliette Drouet ou la dépaysée, Éd. Fayard, 1992. p. 274
a « guitarre ».
b « femmelle ».
c « aperçu ».
d « quelles ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
